Tous les dimanches matin, je fais le tour des halles de Narbonne. A la même heure,ou presque. Un rituel qui m'amène d'abord en son coeur, là où je retrouvais mon grand père et
ses amis espagnols, pour filer ensuite, plein sud-ouest, vers les étals de poissons que je laisse habituellement assez vite pour finir par me retrouver, un peu plus tard, dans
la direction opposée,devant la masse compacte des buveurs d'apéritifs collés aux deux bars-restaurants qui se trouvent , par hasard (!) , idéalement placés face au tripier. Dimanche dernier,
je n'étais pas le seul à tenter de m'accorder au rythmne de cette communauté si peu anonyme. Jacques Bascou, le député sortant, s'y essayait aussi et c'est devant le marchand de fruits et
légumes que nous nous nous sommes croisés. Son esprit était-il encore dans les deux pleines pages du jour des deux journaux locaux qui rapportaient sa déclaration de candidature au fauteuil de
maire? Etait-il accablé par le prix exhorbitant du kilo de pommes? M'en voulait-il de quelques médisantes, mais jamais méchantes, chroniques le concernant ?Toujours est-il que, malgré mon
insistance, ni mon regard ni ma main ne parvinrent jamais à croiser ceux de cet homme, au demeurant fort respectable.Bon! Serait ce le signal que le débat démocratique
opposant Moynier-Bascou est à présent ouvert et qu'il ne saurait souffrir de quelques manifestations publiques de sympathie ou de respect? Il est vrai que mon coeur penche du côté de Moynier, mais
ma vie intellectuelle et morale est ailleurs, bon dieu! Voilà pourquoi je n'irai jamais au delà d'une certaine forme " d'engagement ", qui suppose, quoiqu'on en dise,
l'acceptation d'un minimun " d'abêtissement " militant. Ce dimanche soir où j'écris ces lignes, je me suis régalé d'une bonne soupe de potiron... Douce et moelleuse à
souhait...