CONTRE-REGARDS
le blog de Michel SANTO
Il y a deux semaines, le président Sarkozy et sa ministre de l'économie ne prononçaient pas une phrase sans citer le mot valise de " régulation ", que tout le monde
répète depuis, criant et bêlant, alors que la crise s'est déclenchée dans le marché américain des hypothèques, l'un des plus socialisés et des plus politisés au monde et que, depuis 1960 ,
les budgets des organismes réglementaires US dans le domaine de la règlementation financière ont été multipliés par douze, par exemple! Bref, le marché des biens et des services financiers a
toujours été régulé et il convient aujourd'hui de le mieux réguler en le régulant autrement. Tout en gardant à l'esprit que ce n'est pas pour autant que l'on évitera d'autres crises... de
régulation.
Et c'est dans ce contexte de demande de régulation un brin démago et très populo, que notre ministre de l'Economie et notre Président s'en prennent à la Commission Européenne qui, dans son rôle
de régulateur macro-économique, elle, exige, à juste titre, de la France et de l'Allemagne qu'elles revoient leur plan d'aides au secteur bancaire.Une Commission qui, au demeurant , a
déjà approuvé vingt plans nationaux en veillant à ce que « les mesures nationales n’aggravent la crise en exportant les problèmes vers les autres États membres », et qu'on ne peut
donc diaboliser en la suspectant d'orthodoxie ultralibérale.
Rien là que de très normal donc, mais qui a du mal a passer à Bercy. Madame Lagarde prétendant même que «Mme Kroes ( la Commissaire en charge du dossier ) a accepté de
revoir et d'améliorer les lignes directrices ( de sa politique ) pour tenir compte de l'urgence et de la nécessité de faire passer les impératifs du fonctionnement de l'économie
devant les règles absolues de concurrence». Ce qui est un gros mensonge proféré dans l'habituelle langue de bois politicienne, Madame Kroes exigeant, bien au contraire, des engagements
précis sur le montant des prêts qui seront accordés à l’économie réelle comme sur les incitations faites aux banques, afin qu'elles remboursent dès que possible l’aide de l’État, que ce
soit par un gel des dividendes, par une augmentation de sa rémunération , ou tout autre mécanisme .
Qu’une partie de la gauche joigne sa voix à celle de la droite pour critiquer la gestion de cette situation par Bruxelles ne laisse pas d’étonner aussi. Il devrait tomber sous le sens, en
effet, qu'en l’absence de régulation européenne par un droit de la concurrence tenant compte du contexte présent, ce serait assurément la loi de la jungle et le désarmement unilatéral
des pouvoirs publics face aux puissances nationales et de " l’argent ".
Mais aller donc demander à des politiciens professionnels d'adopter des politiques publiques rationnelles qui ne soient pas conformes à leurs propres intérêts ( des élections
européennes dans quelques mois... ) Et qui, en l'espèce, sont irrationnelles du point de vue d'une majorité d'individus: les contribuables et les épargnants
européens...